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18
octobre lundi

Diaz-Canel : « Parmi tous les frères que notre Amérique nous a donnés, le Mexique est, pour de nombreuses raisons, l'un des plus chers à Cuba »

Discours prononcé par Miguel Mario Diaz-Canel Bermudez, Premier secrétaire du Comité central du Parti communiste de Cuba et président de la République, lors du Grand défilé militaire à l'occasion des célébrations de l'anniversaire du Cri de Dolores, Mexico, le 16 septembre 2021, « Année 63 de la Révolution ».

(Traduction de la version sténographique de la Présidence de la République)

Cher Andrés Manuel Lopez Obrador, président des États-Unis du Mexique ;

Distingués invités ;

Cher Mexique :

Je vous remercie pour l’occasion que vous nous donnez d'apporter l'étreinte reconnaissante de Cuba à vos belles célébrations patriotiques pour ce Cri de Dolores qui a réveillé tant d'ardeur de liberté dans notre région, il y a plus de 200 ans.

Parmi tous les frères que notre Amérique nous a donnés, le Mexique est, pour de nombreuses raisons, l'un des plus chers à Cuba.

Cette affection qui unit nos terres commence par l'éblouissement que provoquent en nous ses traces profondes et diverses dans la littérature et l'histoire de l'Amérique :

« Qu'elle est belle la terre jadis peuplée par les Aztèques / les braves », écrit le Cubain José María Heredia dans Sur le Teocalli de Cholula, ouvrant une porte fascinante sur notre Monde à nous, bien avant la terrible conquête qui allait commencer des siècles plus tard, avec des massacres et des destructions effrénées, par les troupes espagnoles venues de Santiago de Cuba, sous le commandement de Hernan Cortés.

Mais personne ne nous en dirait plus sur le Mexique que José Marti. Je cite des extraits de son mémorable discours lors de la soirée en l'honneur de ce pays à la Société littéraire hispano-américaine en 1891 : « (...) nous nous réunissons aujourd'hui pour rendre hommage à la nation ceinte de palmiers et de fleurs d'oranger qui s'élève, telle une fleur de gloire, vers le ciel bleu, les sommets libres où s'éveille le sifflement du chemin de fer, couronnée de roses comme hier, avec la santé du travail sur la joue, l'âme indomptable qui étincelait dans les braises dans les cendres de Cuauhtémoc, jamais éteintes. Nous saluons un peuple qui fait fondre, dans le creuset de son propre métal, les civilisations qui se sont jetées sur lui pour le détruire ! »

Plus loin, se référant à la date importante que nous commémorons aujourd'hui, Marti signale : « Trois cents ans plus tard, un prêtre (...) appela son village à la guerre contre les parents qui refusaient la vie de l'âme à leurs propres enfants ; c'était l'heure du soleil, quand les cabanes en pisé des pauvres Indiens s'éclairaient parmi les mûriers ; et jamais depuis lors, bien que voilé cent fois par le sang, le soleil d'Hidalgo n'a cessé de briller ! Les têtes des héros étaient suspendues dans des cages de fer ; les héros ont mordu la poussière d'une balle dans le cœur ; mais le 16 septembre de chaque année, à l'aube, le président de la République du Mexique acclame, devant le peuple, la patrie libre, en brandissant le drapeau de Dolores. »

En raison de ses caractéristiques, le processus d'indépendance du Mexique, qui a débuté avec le Cri de Dolores, dirigé par le père Miguel Hidalgo un jour comme aujourd'hui en 1810, et s'est achevé 11 ans plus tard avec l'entrée de l'armée Trigarante dans la ville de Mexico, comportait une composante notoire de revendications sociales et indigènes qui le différenciait des autres processus qui ont marqué l'ère de l'indépendance. Son impact a sans aucun doute été extraordinaire dans la lutte pour la liberté et anticolonialiste dans notre région, et particulièrement à Cuba.

Elle était porteuse des aspirations ancestrales de peuples entiers qui habitaient le territoire, non seulement au Mexique, mais aussi en Amérique centrale et du Sud et dans les Antilles ; elle était porteuse des revendications de tous les secteurs créoles pauvres - blancs, noirs et mulâtres - plongés dans la misère, la faim et l'exploitation, et s’opposa à la mise en esclavage des Noirs.

De nombreux éminents Cubains ont écrit l'histoire du Mexique avec leur sang et leur nom. La solidarité cubaine dans la lutte du Mexique contre les invasions texanes de 1835-1836, et l'invasion nord-américaine de 1846-48. C’est le cas, notamment, des généraux Pedro Ampudia, Juan Valentin Amador, Jeronimo Cardona, Manuel Fernandez Castrillon, Antonio Gaona, Pedro Lemus et Anastasio Parrodi.

En mars 1854, les Cubains Florencio Villareal et José María Pérez Hernández lancèrent le célèbre Plan d'Ayutla, qui fut décisif pour la rupture de l'armée et de la société mexicaines avec le gouvernement dictatorial du général Santa Anna.
Comme l'a confirmé le prestigieux chercheur René González Barrios, plusieurs de ces hommes occupèrent des postes clés dans la vie politico-militaire mexicaine et furent gouverneurs ou commandants militaires dans des endroits importants du pays.

Deux d'entre eux, les généraux de division Anastasio Parrodi et Pedro Ampudia Grimarest, étaient ministres de la guerre et de la marine dans le gouvernement de Benito Juarez pendant la Guerre de réforme.

Au Congrès, au gouvernement, en exil ou dans la guerre aux côtés de Juarez, il y eut toujours des Cubains. Son œuvre magnifique suscita les éloges d'éminents compatriotes tels que le général Domingo Goicuria y Cabrera, et les poètes Juan Clemente Zenea et Pedro Santacilia, qui était son gendre, secrétaire et agent de la République de Cuba en armes auprès du gouvernement mexicain.

Dans la guerre contre les Français, l'armée mexicaine compta dans ses rangs les frères Manuel et Rafael de Quesada y Loynaz, respectivement général et colonel ; les colonels Luis Eduardo del Cristo, Rafael Bobadilla et Francisco Leon Tamayo Viedman ; le médecin commandant Rafael Argilagos Gimferrer et le capitaine Félix Aguirre. Tous retourneront à Cuba au début de la Guerre de dix ans.

Le Mexique fut alors le premier pays à reconnaître notre lutte armée et à ouvrir ses ports aux navires battant pavillon de l'étoile solitaire. Le Congrès l'approuva, Juarez prit la décision et Carlos Manuel de Céspedes, le président de la République en armes, le remercia dans une lettre mémorable adressée à son homologue mexicain : « ...hautement satisfaisant que le Mexique ait été la première nation d'Amérique à avoir ainsi manifesté ses généreuses sympathies à la cause de l'indépendance et de la liberté de Cuba. »
Photo : Studios Revolucion

L'une des principales missions dont Pedro Santacilia s'acquitta alors, avec le consentement de Juarez, fut d'envoyer un groupe restreint de soldats mexicains à Cuba pour contribuer à la formation et à l'entraînement de l'armée de libération naissante. Les Mexicains s'illustrèrent sur les champs de Cuba et leurs exploits inspirèrent les troupes et tous ceux qui en entendirent parler.

Une fois de plus, le Père de la patrie cubaine salua ce dévouement dans une lettre adressée au « Benemérito de las Américas ». Céspedes écrivit : « Des gentlemen mexicains sont venus ici et ont versé leur sang généreux sur notre sol et pour notre cause, et le pays tout entier a montré sa gratitude pour leur action héroïque. »

Deux de ces braves soldats mexicains, vétérans de la Guerre de réforme et de la lutte contre l'Empire français, atteignirent le grade de général de brigade dans l'Armée de libération cubaine et firent partie du groupe de ses principaux dirigeants : José Inclan Risco et Gabriel Gonzalez Galban.

Chers amis :

En raison de cette mémoire profonde et intime que nous partageons, nous sommes émus et inspirés par ces actes qui honorent l'histoire et nous revenons sans cesse à chaque ligne écrite sur le Mexique par José Marti, qui relie à jamais nos deux nations dans toute son œuvre, mais surtout dans ses lettres à son grand ami mexicain Manuel Mercado.

C'est aussi à cet ami de l'âme qu'il laisse dans une lettre inachevée son testament politique retentissant : le testament consacré à l'objectif d' « empêcher à temps, par l'indépendance de Cuba, que les États-Unis ne s’étendent dans les Antilles et ne s’abattent, avec ce surcroît de, sur nos terres d'Amérique ».

Quelques années plus tôt, alors qu'il se rendait à Veracruz, Marti écrivait : « O Mexique bien-aimé, O Mexique adoré, vois les dangers qui t'entourent, entends le cri d'un de tes fils qui n'est pas né de toi ! Au Nord, un voisin vorace rôde (...) Tu t’ordonneras ; tu comprendras ; tu te guideras ; je serai mort, ô Mexique, pour t'avoir défendu et aimé ! »

C'est ici que le jeune communiste Julio Antonio Mella est mort pour la Révolution, assassiné dans une rue de cette même ville où Ernesto Che Guevara et Fidel Castro Ruz allaient se rencontrer des années plus tard par l'intermédiaire de son frère Raul.

C'est ici que les jeunes de la Génération du Centenaire se sont entraînés et ont organisé leur expédition. Ils y ont forgé des amitiés et des affections qui perdurent encore et qui ont été immortalisées dans une chanson qui est comme un hymne de ces temps épiques : « La Lupe », de Juan Almeida Bosque.

Les noms de Maria Antonia Gonzalez, Antonio del Conde, El Cuate, un personnage clé dans l'acquisition du yacht Granma ; Arsacio Venegas et Kid Medrano, des militaires professionnels qui fournirent un entraînement aux troupes ; Irma et Joaquina Vanegas, offrirent leur maison comme camp, parmi beaucoup d'autres, resteront à jamais dans l'histoire cubaine de cette période mexicaine.

Le passage de Fidel et de ses compagnons au Mexique laissa une profonde impression sur les futurs membres de l’expédition du Granma et un cortège de légendes dont on parle encore partout avec admiration et respect.

Nous n'oublierons jamais que, grâce au soutien de nombreux amis mexicains, le yacht Granma quitta le port de Tuxpan, à Veracruz, le 25 novembre 1956. Sept jours plus tard, le 2 décembre, l'Armée rebelle naissante, venue libérer Cuba, débarquait de cette embarcation historique.
Photo : Studios Revolucion

Nous n'oublions pas non plus que, quelques mois seulement après le triomphe historique de la Révolution en 1959, le général Lazaro Cardenas nous rendit visite. Sa volonté de soutenir notre peuple à la suite de l'invasion mercenaire de Playa Giron en 1961 a marqué le caractère de nos relations.

Fidèle à ses meilleures traditions, le Mexique est le seul pays d'Amérique latine à ne pas avoir rompu ses relations avec la Cuba révolutionnaire lorsque nous fûmes expulsés de l'OEA sur les ordres de l’empire.

Au fil des ans, ce que l'histoire a indissolublement uni n'a jamais été brisé. Nos deux pays ont honoré leurs politiques souveraines, indépendamment de la proximité ou de la distance entre leurs gouvernements. Un principe très mexicain prévaut : le respect des droits des autres est le socle de la paix.

Le mérite de ceux qui ont consacré leur vie et leur énergie, leur cœur et leur âme, à nourrir cette fraternité avec la tendresse des peuples est incontestable. Je rends ici hommage à la solidarité soutenue, invariable, passionnée et ferme que nous toujours rencontrée sur cette terre, que tous les Cubains doivent aimer comme la leur.

C'est l'apôtre cubain qui l'a dit, lui qui a aussi tracé avec sa prose colorée un portrait fidèle de ce peuple généreux en affirmant : « Comme des racines de la terre vient au Mexicain ce caractère qui est le sien, rusé et majestueux, attaché au pays qu'il adore, où par le double jeu de la nature magnifique et de la touche brillante de la légende et de l'épopée, l'ordre du réel et le sentiment romantique se rejoignent dans leur rare mesure. »

Depuis ces mots jusqu'à aujourd'hui, le patrimoine commun constitué par une liste infinie d'intellectuels et d'artistes prestigieux des deux nations n'a cessé de croître. Nous sommes unis par la littérature, le cinéma, les arts visuels, le boléro et le mambo.

On pourrait affirmer que l'important échange culturel entre le Mexique et Cuba touche toutes les manifestations de la culture dans son sens le plus large, puisque la relation n'est pas moins influente dans le sport, en particulier le baseball et la boxe, où la connexion est si naturelle et profonde que parfois l'origine exacte des œuvres et des événements se perd et qu'il faut en conclure qu'elle provient des deux.

Chers amis :

Pour ces raisons et d'autres encore, qui ne sauraient s'inscrire dans un discours nécessairement bref, c'est un grand honneur de participer au défilé militaire qui commémore le début de la lutte pour l'indépendance du Mexique et d'exprimer nos sentiments à votre gouvernement et à votre peuple.

Je le fais en sachant qu'il s'agit d'une reconnaissance des liens historiques et fraternels entre le Mexique et Cuba, une véritable marque de gratitude, d'affection et de respect pour laquelle je suis profondément reconnaissant au nom de mon peuple.

La décision de nous inviter revêt une valeur incommensurable à un moment où nous subissons les assauts d'une guerre multidimensionnelle, avec un blocus criminel, opportunément intensifié par plus de 240 mesures au milieu de la pandémie de covid-19, qui entraîne des coûts si dramatiques pour tous, mais en particulier pour les pays les moins développés.

Dans le même temps, nous sommes confrontés à une campagne agressive de haine, de désinformation, de manipulation et de mensonges, montée sur les plateformes numériques les plus diverses et les plus influentes, qui ignore toutes les limites éthiques.

Sous le feu de cette guerre totale, la solidarité du Mexique avec Cuba a suscité au sein de notre peuple une admiration encore plus grande et la plus profonde gratitude.

Permettez-moi de vous dire, cher Président, que Cuba se souviendra toujours de vos manifestations de soutien, de votre appel incessant à la levée du blocus et à traduire en actions concrètes le vote annuel des Nations unies, ce que votre pays a fait de manière exemplaire en faveur de notre peuple.

Nous sommes profondément reconnaissants de l'aide reçue en fournitures médicales et en denrées alimentaires pour atténuer les effets combinés du harcèlement économique et de la pandémie.

Sœurs et frères mexicains :

Face à la situation épidémiologique complexe que connaît le monde, la solidarité et la coopération entre nos peuples revêtent une importance accrue.

C'est pourquoi nos professionnels et techniciens de la santé n'ont pas hésité à accompagner le peuple mexicain chaque fois que cela était nécessaire. Et nous le ferons à nouveau chaque fois que vous en aurez besoin.

Nous saluons l'excellent travail réalisé par le Mexique à la tête de la présidence tournante de la Communauté des États d'Amérique latine et des Caraïbes, un mécanisme à vocation authentiquement latino-américaine et caribéenne visant à défendre l'unité dans la diversité de notre Amérique contre le projet de recolonisation néolibérale que l'on tente de nous imposer.

Comme l'a signalé Fidel dans un meeting d'amitié cubano-mexicaine, le 2 août 1980 : « Nous ne tolérerons rien contre le Mexique, nous le ressentirons comme nôtre, nous saurons être fidèles à l'amitié forgée par des siècles d'histoire et de beaux principes communs ! »

Vive le Mexique !

Vive l'amitié entre Cuba et le Mexique ! (Applaudissements.)